Union Africaine : Dérives de Smaïl Chergui Commissaire à la Paix et à la Sécurité (CPS)

 

Le Commissaire à la Paix et à la Sécurité (CPS) de l’Union Africaine Smaïl Chergui, se retrouve, à nouveau, au cœur d’un nouveau scandale présumé au sein de son département qu’il dirige. Cette fois-ci il est accusé d’avoir « intimidé la représentante du Ghana en cherchant à interférer dans la politique extérieur d’un Etat souverain ».

Agé de 64 ans, l’Ambassadeur algérien Smaïl Chergui a été élu à la tête du Département CPS de l’UA en 2013, puis réélu de justesse pour un second mandat en 2017, grâce à une voix « volée » par une diplomate mauritanienne qui a voté deux fois, pour la Mauritanie, mais aussi à la place du représentant de Sâo Tomé-et- Principe, alors absent.

Depuis son élection à la tête de ce Département, chergui a fait l’objet de plusieurs accusations parmi lesquelles celles publiées fin 2018, dans un rapport sur le harcèlement sexuel, la fraude, le népotisme et la corruption au sein de son Département.

Dans un mémo interne envoyé en février 2018 au Président de la Commission de l’UA, signée par de hauts responsables des ressources humaines, ces derniers ont attiré l’attention de la Commission de l’UA sur l’existence d’un véritable « apartheid professionnel », au sein du CPS. Le mémo décrit l’environnement à l’intérieur de cette structure comme «toxique» et accuse le Commissaire Chergui d’avoir bloqué, sur ses instructions, la promotion administrative des femmes cadres dans son Département selon un rapport de l’hebdomadaire sud-africain « Mail and Guardian ». Jusqu’à récemment, ce Département était le seul sans aucune femme cheffe de Division.

Selon une enquête du journal « The East African », des « femmes membres du personnel du département CPS ont été exclues de l’avancement et des promotions et que leurs contrats ont pris fin sans justification ni explication ». Ces dérives au sein du CPS ont été confirmées également par les hauts responsables de cette Institution panafricaine. D’après une lettre écrite par le Vice-président de la Commission de l’UA, le ghanéen Thomas Kwesi-Quartey « les femmes étaient délibérément embauchées via des contrats à court terme – d’environ trois mois – pour que le renouvellement de ces derniers soit soumis à une négociation entre parties inégales impliquant généralement des faveurs sexuelles ».

Chergui est, également, cité dans des affaires de corruption. Selon certaines sources. Chergui est soupçonné d’avoir perçu, illégalement, d’importantes sommes d’argent et des diamants auprès des autorités de différents pays en crise auxquelles il garantit de défendre les intérêts dans son organisation ». Il aurait, également été impliqué dans une affaire de détournement des fonds de la Mission de l’Union Africaine en Somalie (AMISOM) et la réception de pots-de-vin offerts par des groupes rebelles centrafricains.

Le Commissaire Chergui, à en croire les confidences des bailleurs de fonds, place son argent au Kenya, en France et en Russie « où il a été Ambassadeur et où il conserve plusieurs comptes bancaires », révèle-t-on. Pour ces institutions financières, « Chergui continue de profiter d’un système de corruption organisée au sein de l’UA en percevant des rétro-commissions de chacune de ses divisions (environ 20%) à chaque déplacement, sommes dont il fait, également, profiter les caciques du régime algérien ».

Chergui a été l’objet de plusieurs accusations non seulement à cause de son « mauvais comportement » à l’égard des femmes, mais également à cause de ses positions par rapport aux intérêts de certains pays membres de l’UA. L’année dernière, Chergui a été « soupçonné d’avoir un agenda néfaste aux intérêts de Djibouti ». Il a tenté d’intriguer pour que l’UA adapte une attitude anti-occidentale favorisant la position de la Russie en vue de lui assurer une présence militaire dans des pays en situation de conflit.

Plus récemment, le diplomate algérien a, de nouveau, été accusé d’avoir « intimidé la représentante du Ghana en cherchant à interférer dans la politique extérieur d’un Etat souverain » à cause des réserves émises par la délégation ghanéenne sur l’adoption d’une note conceptuelle concernant le déploiement de 3000 soldats au Sahel dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

En représailles à cette prise de position, le chef de la Division de la Prévention des Conflits et d’Alerte Rapide du DPS, le Burundais, Fred Ngonga, aurait été instruit par Chergui pour se plaindre auprès du Cabinet du Président Nana AKUFO-ADDO, au sujet d’un prétendu blocage de la note conceptuelle par la Représentante Permanente du Ghana à l’UA.

A souligner que Chergui et Ngonga entretiennent une relation très étroite. En effet, le responsable burundais, étant l’un des proches collaborateurs du Commissaire à la Paix et à la Sécurité et son bras droit au sein du DPS, a été désigné directement par Chergui à la tête de la Division de la Prévention des Conflits et d’Alerte Rapide et n’a pas été soumis à un processus de présélection. Autrement dit, en faisant fi des règles de recrutement des fonctionnaires de l’Union, Chergui a placé un de ses pions à ce poste très sensible. L’objectif pour le diplomate algérien étant d’étendre son influence au sein de l’UA.

Selon une source proche de l’UA, le mandat du diplomate algérien a été marqué par « l’échec de ses initiatives sécuritaires au sein de l’UA » et il n’a pas su, malheureusement, se montrer à la hauteur des responsabilités impliquées par son poste. Depuis son installation officielle en mai 2004, le CPS n’a pas marqué un tournant dans les activités de l’UA en matière de paix et de sécurité et à ce titre, n’a pas réussi à combler les faiblesses de l’ancien mécanisme ni à relever les innombrables défis auxquels le continent est confronté en matière de paix et sécurité. Selon un article du journaliste sud-africain Simon Allison, publié en février dernier, dans le Journal « Mail and Guardian », « Les conflits et l’insécurité sur le continent africain se sont accrus depuis l’arrivée de Chergui à la tête du CPS ».

Il est à rappeler que la création du CPS qui jouit d’une large compétence en matière de gestion de crises et conflits au sein du continent africain, avait pour objectif de pallier les faiblesses de l’ancien mécanisme de l’OUA. C’est à ce titre que les Etats membres avaient conféré à cet instrument une importance toute particulière en vue de contribuer à la restauration de la paix et de la sécurité sur le continent.

Somme toute, Smaïl Chergui, à la tête du CPS depuis 2013, n’a réalisé aucune avancée significative dans la pacification du continent. Avec l’expiration de son mandat en 2021, il serait temps de choisir un nouveau Commissaire crédible et impartial qui ne privilégiera pas ses intérêts personnels et tâchera de contribuer à l’instauration de la paix et de la sécurité en Afrique. Vivement un départ de Smaïl Chergui !

 

 

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